Adolescent, la passion du dessin incite Alain Gagnon à crayonner sur tout ce qui lui tombe sous la main. De fil en aiguille, il réalise ses premiers portraits en recourant à la technique du fusain. En1968, pressé par l'appel entêté d'en savoir plus, il commence des études en graphisme à l'école des Arts graphiques de Montréal. Au même moment, les livres et les musées l'initient aux oeuvres des grands peintres et ouvrent en lui une éclaircie sinon une brèche. C'est alors l'emportement définitif vers les formes et les couleurs. Au milieu des années 1970, l'acquisition d'une imprimerie lui offre un contact aussi décisif que réel avec la création artistique. À partir de 1985, en qualité de graphiste, il est à l'emploi du Journal de Montréal, à la section des annonces publicitaires. Parallèlement, son travail l'amène à réaliser le graphisme de multiples revues et livres.
Cependant, Alain Gagnon ressent le besoin de pousser encore plus à fond et de s'approprier de
nouvelles techniques. C'est pourquoi, après avoir été subjugué par une exposition des oeuvres de Marc-Aurèle Fortin, il suit les cours d'aquarelle de Roland Palmerts et de Jean-Paul Ladouceur. Ensuite, il passe à l'acrylique, guidé en cela par Paul Tex Lecor. Il baigne alors dans le déferlement des couleurs d'un figuratif somme toute assez traditionnel où paysages urbains et ruraux alternent et occupent entièrement son univers pictural. En 2001, il aborde la peinture à l'huile en assistant aux cours de Juan Christobal. La recherche d'une voie désormais personnelle et le retour à l'acrylique, depuis l'année 2002, le conduisent à des expérimentations plus audacieuses dans lesquelles les éléments figuratifs et non figuratifs cohabitent.
Démarche artistique
Alain Gagnon laisse libre cours à sa créativité et la spontanéité de son geste fait naître des tableaux chargés d'émotions. Des bordures noires irrégulières font office de cadre dans lequel prend place une forme, comme rongée par l'usure des siècles, et qui rappelle le parchemin des manuscrits. Puis, il y dépose et y entremêle, sans le support du dessin préparatoire, divers fragments de la réalité et du rêve comme autant de pistes à suivre dans le mystère où, croit-il, trouver son chemin consiste avant tout à s'égarer. Les indices récurrents de la durée engrenages, nombres, calendriers et horloges constituent le thème primordial déployant ses ramifications d'un tableau à l'autre et, ainsi, il arrive à donner l'illusion d'une traversée du temps. Ici et là, des visages, semblables à des apparitions effrayées, émergent grâce à la superposition des formes et à la transparence. L'utilisation de l'acrylique permet la capture maximale de la lumière alors que l'application d'un vernis lustré décuple la vivacité des couleurs.